Les passions du Skipp

Mes passions: Histoire et civilisations, Tritons et amphibiens, Cétoines, parapsychologie et zététique, etc...
 
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 Bryges - Phryges

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soucolline
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MessageSujet: Bryges - Phryges   Jeu 10 Sep 2009 - 18:54

Voici ce que j'ai pu tirer de Strabon, Livre 7, 8, 9, 10 et 13 :

Mais on trouve aussi mêlées à ces peuples d'origine épirote beaucoup de tribus illyriennes, qui sont toujours restées fixées de ce côté-ci des montagnes, sur le versant méridional et au-dessus du golfe Ionien. Ainsi au-dessus de la côte d'Epidamne et d'Apollonie et jusqu'à la hauteur des monts Cérauniens habitent les Bylliones, les Taulantiens, les Parthins et les Bryges

. De ces quatre cours d'eau, il en est un, l'Aratthus, qui va se jeter dans le golfe Ambracique, et un autre, l'Inachus, qui se réunit à l'Achéloüs. Quant à l'Achéloüs même et à l'Evénus, ils tombent directement dans la mer, après avoir traversé, le premier, l'Acarnanie, et le second, l'Aetolie. D'autre part, l'Erigon porte au fleuve Axius les eaux d'un grand nombre de rivières ou de torrents, venus soit des montagnes de l'Illyrie, soit de la Lyncestide, du pays des Bryges, de la Deuriopie et de la Pélagonie.

. C'est par ici également qu'il faut chercher le mont Bermius, demeure primitive des Briges, peuple thrace, dont une partie passa en Asie et y échangea son nom contre celui de Phryges ou Phrygiens

. Les Paeoniens sont, pour certains auteurs, une simple colonie Phrygienne, et, pour d'autres, la souche même de cette grande nation. Mais alors ces derniers reculent les limites de la Poeonie jusqu'à la Pélagonie et à la Piérie ; ils ajoutent que la Pélagonie s'appelait primitivement Orestie, qu'Asteropaeus, l'un des chefs que la Paeonie envoya au secours d'Ilion, nous est donné, non sans vraisemblance, pour un fils de Pélégon et que les Paeoniens eux-mêmes sont quelquefois désignés sous le nom de Pélagons.

. Ajoutons que les Phrygiens ne sont autres que les Briges et qu'ils sont par conséquent eux-mêmes d'origine thracique, comme les Mygdoniens, les Bébryces, les Maedobithyniens, les Biihyniens, les Thynes et peut-être aussi les Mariandyniens ;

or, on sait qu'en général les Athéniens donnaient à leurs esclaves soit les noms de leurs nations respectives (des noms comme ceux de Lydus et de Syrus), soit les noms les plus répandus dans les pays d'où ils les tiraient, à ceux de Phrygie, par exemple, les noms de Manès ou de Midas et le nom de Titius à ceux de Paphlagonie.

. Hécatée de Milet a dit du Péloponnèse qu'avant d'être occupé par les Grecs il l'avait été par les Barbares. A la rigueur, on en pourrait dire autant de la Grèce entière, car, à en juger par le témoignage de ses propres annales, sa population primitive ne se composait guère que de Barbares. Ainsi, indépendamment de la colonie Phrygienne amenée par Pélops dans le pays, qui, de son nom, fut appelé le Péloponnèse, et de la colonie égyptienne amenée par Danaüs, ce furent des Dryopes, des Caucones, des Pélasges, des Lélèges et d'autres nations barbares qui occupèrent le pays au delà, comme en deçà de l'isthme.

Or, l'identité entre les ministres ou desservants impliquant jusqu'à un certain point celle des cultes eux-mêmes, on peut regarder les religions de la Crète et de la Phrygie comme soeurs des religions de Samothrace, de Lemnos et autres lieux ;

. [Parmi les Barbares], les Bérécynthiens, nation phrygienne, et en général tous les Phrygiens, voire les populations de la Troade les plus rapprochées de l'Ida, emploient également les rites ou cérémonies orgiaques, mais c'est pour honorer Rhéa. Cette déesse, on le sait, a reçu d'eux les noms de Mère des dieux, d'Agdistis et de Grande déesse phrygienne, sans compter les épithètes toutes locales d'Idéenne, de Dindymène, de Sipylène, de Pessinuntide, de Cybèle [et de Cybébé].

. La confirmation de toutes nos idées à cet égard ressort, du reste, de ce que disent les poètes. Quand Pindare, par exemple, dans le dithyrambe qui commence ainsi «Traînant et filandreux rampait naguère le chant des dithyrambes», et tout de suite après avoir décrit la nature de l'hymne dionysiaque sous sa forme primitive comme sous sa forme la plus moderne, s'écrie brusquement :
«C'est pour préluder à ta fête, ô GRANDE MERE DES DIEUX, que la ronde et retentissante cymbale fait entendre son joyeux appel répété par le vif cliquetis des crotales, tandis que s'allume en pétillant la torche enduite de jaune résine»,
ne proclame-t-il pas le lien étroit qui unit, à ses yeux, les rites grecs du culte de Dionysos aux rites phrygiens du culte de la Mère des dieux ? n'est-ce pas aussi ce que fait Euripide, dans sa tragédie des Bacchantes, lorsque, rapprochant les cérémonies phrygiennes des rites sacrés de la Lydie, eu égard sans doute à la proximité des deux pays, il met les paroles suivantes dans la bouche de Dionysos :
«Mais vous qui avez quitté le Tmole, rempart de la Lydie, pour me former ce THIASE ou brillant cortège, vous toutes, femmes, que j'ai amenées des pays barbares comme autant de soeurs et de compagnes fidèles, prenez en main le tympanon sonore, cet instrument national de la Phrygie, que Rhéa, mère des dieux, et moi-même avons naguère inventé...»,
et que plus loin il ajoute :
«Bienheureux le mortel inspiré qui, [initié aux mystères des dieux,] cherche à purifier sa vie ! Il se mêle pieusement aux ORGIES de Cybèle, la grande mère Phrygienne, et la main armée du thyrse, la tête couronnée de lierre, il fête et honore Dionysos. Allez, Bacchantes ! Bacchantes, allez ! Descendues avec Dionysos des montagnes de la Phrygie, continuez à accompagner ce jeune dieu, fils d'un dieu, et guidez sa course pétulante àtravers les vastes plaines de la Grèce» ?
Sans compter que, dans ce qui suit, Euripide étend la ressemblance aux rites de la Crète :
«0 asile sacré des Curètes, ô divin berceau de Jupiter, antres de la Crète, qui vîtes le belliqueux Corybante inventer pour moi l'instrument que vos mains agitent, et tendre la peau sonore sur l'orbe du tympanon ! Aux doux sons des hôtes phrygiennes il marie les clameurs bachiques, et, pour mieux régler les beaux chants des Bacchantes, il met aux mains de Rhéa ce nouvel instrument aux batteries retentissantes. A son tour, l'irrévencieux Satyre obtient que la Bonne Mère, que Rhéa le lui confie, et aussitôt il en mêle les roulements bruyants aux choeurs des TRIETERIDES, cette fête aimée de Dionysos».
Ce qu'il confirme dans son Palamède, en faisant dire au choeur :
«Loin de participer aux banquets de Dionysos, de ce dieu, qui, sur les hauteurs de l'Ida,
en compagnie de sa mère chérie, écoute avec ravissement les appels répétés du tambour».
14. Quand, enfin, pour concilier les différentes traditions qui ont cours sur l'invention de la flûte, les poètes identifient Silène, Marsyas et Olympus, ou qu'ils font retentir des mêmes échos (ce qui leur arrive fréquemment) et l'Ida et l'Olympe, comme si les deux noms pour eux ne désignaient qu'une seule et même montagne, ne confondent-ils pas là encore par le fait les rites du culte de Dionysos avec les rites sacrés de la Phrygie ? A ceci on objectera peut-être qu'il existe sur le versant de l'Ida qui regarde Antandros quatre pics ou sommets portant le nom d'Olympe, mais pour ce qui est de l'Olympe de Mysie, on conviendra que, tout voisin qu'il est de l'Ida, il forme bel et bien une montagne distincte, ce qui n'a pas empêché l'auteur de Polyxène, Sophocle, de faire dire à Ménélas, dans son empressement à mettre à la voile et à quitter les rivages troyens, où Agamemnon au contraire désire prolonger encore un peu son séjour pour essayer d'apaiser Minerve par un dernier sacrifice :
«Oui, mon frère, restez après nous, et, quand vous aurez, dans toute la région IDEENNE,
enlevé les troupeaux de l'OLYMPE, sacrifiez à la Déesse».
15. [Ajoutons que c'est évidemment à l'imitation des doux accents] de la flûte ou des sons éclatants de la crotale, des cymbales et du tambour, si ce n'est même à l'imitation des cris, des chants, des trépignements cadencés des Bacchantes, que les poètes ont imaginé de former des noms tels que ceux de Cabires, de Corybantes, de Pans, de Satyres et de Tityres, par lesquels ils distinguent les différentes classes des prêtres, choristes ou serviteurs de ces deux divinités, tandis que les lieux mêmes paraissent avoir suggéré la plupart des noms donnés à Bacchus et les épithètes de Cybèle, de Cybébé et de Dindymène que l'on trouve souvent jointes à celui de Rhéa. Quant au nom de Sabazius, qui revient si souvent dans les livres dits Phrygiaques et qui signifie à proprement parler «Le fils de la Bonne Mère», c'est encore à Dionysos, on le voit, qu'il se rapporte et fait allusion.

16. On en pourrait même dire autant des fêtes Cotyttiennes et Bendidiennes, lesquelles se célèbrent en Thrace, c'est-à-dire dans le pays où le culte Orphique a également pris naissance. Car, dans le passage où Eschyle fait mention de Cotys, la grande divinité des Edoniens, et des instruments de musique qui lui étaient consacrés, tout de suite après avoir dit :
«C'est à la déesse Cotys que les Edoniens rendent hommage.
Munis de ces instruments sonores, qui furent inventés sur les hauts lieux»,
il ajoute, comme s'il s'agissait en vérité des ministres ou serviteurs de Dionysos,
«L'un s'empare de bombyces habilement faits au tour et avec le secours de ses doigts agiles
exécute le chant entraînant qui provoque l'enthousiasme ;
l'autre s'est armé de cymbales de cuivre qu'il entrechoque bruyamment»,
et plus loin encore :
«La lyre à son tour fait retentir son appel strident, auquel répondent aussitôt de sourds mugissements qui semblent sortir d'invisibles profondeurs et imitent la voix du taureau : c'est l'écho du tambour, qui, comme le roulement d'un tonnerre souterrain, gronde et répand au loin la terreur».
Or, quoi de plus naturel, les Phrygiens étant issus notoirement d'une colonie thrace, que les rites sacrés de la Phrygie aient été eux-mêmes importés de Thrace en Asie ? J'ajoute que ceux qui ont identifié Dionysos et Lycurgue l'Edonien semblent avoir voulu faire allusion encore à cette exacte conformité des deux religions.

Les Athéniens, toujours portés, on le sait, à accueillir ce qui vient de l'étranger, ont procédé de cette façon, même pour les choses de la religion, et, avec un empressement dont leurs poètes comiques ne se sont pas fait faute de rire, ils ont adopté maints rites des religions barbares, notamment des rites thraces et phrygiens.

. Les uns voient dans les Dactyles les autochthones mêmes de l'Ida, les autres de simples colons. Mais ce dont ils conviennent tous, c'est que, les premiers, les Dactyles ont travaillé le fer dans l'Ida ; tous aussi les croient quelque peu magiciens, les attachent au culte de la Mère des dieux et leur assignent pour demeure la Phrygie des environs de l'Ida, employant ici le nom de Phrygie plutôt que le nom de Troade, probablement pour rappeler qu'après le sac de Troie ce furent les Phrygiens, qui, profitant de leur voisinage, prirent possession de tout ce pays

Que tous ces Etats, maintenant, aient reconnu l'autorité de Priam, la réponse d'Achille à Priam le donne assez à entendre :
«Ton sort est le même, ô vieillard, et nous savons combien naguère tu fus riche et prospère, quand tu possédais tout ce qu'enserrent et la cité de Macar, la haute île de Lesbos, et, derrière Lesbos, la Phrygie et l'immense Hellespont» (Il. XXIV, 543).

Telle était la division de la Troade [au temps d'Homère] ; mais plus tard différents événements survinrent, qui changèrent complétement l'état politique du pays. Les Phrygiens envahirent le territoire de Cyzique jusqu'au Practius, et les Thraces le territoire d'Abydos, succédant les uns et les autres à des envahisseurs plus anciens, aux Bébryces, aux Dryopes ; d'autres Thraces, connus sous le nom de Trères, occupèrent de même le pays qui fait suite à Abydos ; enfin la plaine de Thébé reçut des colons lydiens (ou, comme on disait alors, méoniens), joints aux derniers survivants des compagnons mysiens de Télèphe et de Teuthras.

Asius d'Arisbé n'est pas non plus le seul héros de ce nom que mentionne Homère : il parle d'un autre Asius,
«oncle maternel du bouillant Hector, frère germain d'Hécube et fils de Dymas,
lequel habitait en Phrygie, sur les bords mêmes du Sangarius» (Il. XVI, 717).

Au sud de la Catakékaumène, les différents cantons qui se succèdent jusqu'au Taurus présentent un véritable enchevêtrement ; et, à la façon dont leurs limites s'entrecroisent, on est souvent embarrassé pour démêler s'ils sont phrygiens, cariens, lydiens, voire même mysiens.

Bonne lecture en attendant un résumé !
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soucolline
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MessageSujet: Re: Bryges - Phryges   Ven 11 Sep 2009 - 19:43

Et voivi une carte sympa et bien faite pour se repérer dans ce bordel "geographico-culturel" :

http://karkemish.files.wordpress.com/2008/11/epirusedumap.jpg
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Bryges - Phryges
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